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Il était une fois au Second-Age un Haut-Rêvant bon et généreux du nom de Séandol Lar. Ce saint homme était prêt à tous les sacrifices pour son peuple, et dirigeait le pays d'une poigne ferme et paternelle. Partout, l'on disait du bien de lui, il était adulé des foules, et s'assurait par sa générosité et sa bienveillance le soutien des hommes du peuples.
Mais les puissants se font des ennemis, surtout car bien souvent la jalousie prend le pas sur la reconnaissance naturelle que devrait ressentir tout un chacun. Séandol, donc, avait tout pour lui, et sa fille Volonté, dont l'obstination était légendaire, attirait nombre de prétendants par sa beauté. Séandol avait tout pour être heureux. Mais un jour, un petit homme malingre vînt le voir, et s'adressa à lui en ces termes:
«Séandol, tu es sûrement l'homme le plus généreux de ce pays. Aussi, je voudrais te demander d'accéder à ma requête.»
«Quelle est donc cette requête», s'enquît le bon roi. «S'il est en mon pouvoir de la satisfaire, je m'empresserais de le faire.»
«Je voudrais la main de ta fille. Elle est la seule qui puisse m'apporter le bonheur.»
«Si sa main est à moi, son coeur ne l'est pas. Si Volonté souhaite t'épouser, elle est tienne. Sinon, je ne puis accéder à cette requête.»
«Séandol, je vois bien là ton égoïsme, tu dis être le plus généreux des rois, mais quand il s'agit de le prouver, tu trouves une échappatoire. Tu sais bien que ta fille est obstinée, et qu'elle a repoussé tous ses prétendants. Aussi vais-je te demander autre chose, et tu seras libre de refuser une autre fois. Je voudrais une mèche de ses cheveux dorés, pour chaque jour me souvenir de sa beauté.»
«Encore une fois, ses cheveux ne sont pas à moi. Quel homme serais-je de donner ce qui ne m'appartient pas? Et que deviendrait sa beauté si chaque homme en ce pays me demandait une mèche de ses cheveux?»
«Mauvais roi, tu ne veux pas, parce que ton égoïsme fait que tu veux la garder pour toi. Je vais répandre en ce pays la nouvelle que tu es bien mauvais roi.»
Le roi, touché au coeur de sa fierté, commît alors l'erreur de plier.
«Eh bien, l'ami, pour te prouver que je suis capable de comprendre mes sujets, je vais lui demander si elle souhaite accéder à ta demande. Si elle te veux en épousailles, elle est à toi. Si elle souhaite te donner une mèche de ses cheveux, elle est à toi.»
Mais ces mots du roi étaient ambigus, et l'homme sut en tirer bon parti. La fille du roi, têtue et peu séduite par ce petit bonhomme, refusa de l'épouser. Flattée par sa deuxième demande pourtant, elle y accéda. Mais le méchant homme joua sur les mots.
«Roi Séandol, tu m'as promis ta fille si elle acceptait de me donner une mèche de ses cheveux. Comme tu me l'a promis, donne moi ta fille.»
«Je ne t'ai promis qu'une mèche de ses cheveux si elle acceptait de te les donner. Pars maintenant, et cesses de m'importuner. Ma patience à ses limites, que tu as outrepassées. Que je ne te revoie pas!»
«Saches, mauvais roi, que la vengeance de Cadravox Carnifer te poursuivra», s'écria l'homme en quittant la salle d'audience.
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